Les sommes versées sur une assurance-vie après le 70e anniversaire de l’assuré ne sont pas exonérées : au-delà d’un abattement global de 30 500 €, elles sont soumises aux droits de succession selon le lien de parenté entre l’assuré et le bénéficiaire (article 757 B du CGI). Cet abattement est unique : il vaut pour tous les contrats du défunt et pour tous les bénéficiaires réunis, et non pour chacun d’eux. Seules les primes entrent dans le calcul : les intérêts et les plus-values produits par ces versements sont transmis en franchise de droits, quel que soit leur montant.

Que change exactement le 70e anniversaire de l’assuré ?

Il change la base légale, la nature de l’abattement et la personne qui en profite. Avant 70 ans, le capital transmis relève de l’article 990 I du CGI : chaque bénéficiaire désigné dispose de son propre abattement de 152 500 €, puis un prélèvement de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 € de part taxable et de 31,25 % au-delà. Après 70 ans, le régime bascule sur l’article 757 B : un seul abattement de 30 500 € pour tout le monde, puis les droits de succession ordinaires. La différence n’est pas seulement un montant : c’est le passage d’un avantage individuel à un avantage collectif.

Ce qui compte est la date du versement, pas la date d’ouverture du contrat. Un contrat souscrit à 45 ans et alimenté à 74 ans supporte les deux régimes ; un contrat ouvert à 72 ans relève entièrement de l’article 757 B.

Les deux régimes de l’assurance-vie au décès (2026, art. 990 I et 757 B du CGI)
Primes verséesBase légaleAbattementTaxation au-delà
Avant le 70e anniversaireart. 990 I152 500 € par bénéficiaire20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable, 31,25 % au-delà
À partir du 70e anniversaireart. 757 B30 500 € au totalDroits de succession selon le lien de parenté
Conjoint ou partenaire de PACS bénéficiaireart. 796-0 bisSans objetAucune taxation

Le détail du régime d’avant 70 ans, la désignation des bénéficiaires et le sort des contrats multiples sont traités dans le guide consacré à l’assurance-vie et la succession.

Comment calculer les droits sur des primes versées après 70 ans ?

Le calcul se fait en trois temps. On additionne d’abord toutes les primes versées après le 70e anniversaire, sur tous les contrats. On retranche l’abattement de 30 500 €, une seule fois. Le solde est réparti entre les bénéficiaires au prorata de ce que chacun reçoit, puis ajouté à sa part successorale : il profite alors de son abattement personnel s’il en reste, et suit le barème de son lien de parenté. Un enfant retrouve donc son abattement de 100 000 € et la tranche à 20 % ; un neveu, ses 7 967 € et son taux de 55 %.

Exemple A : enfant unique, 200 000 € d’actif successoral et 100 000 € de primes versées après 70 ans
Étape du calculMontant
Actif successoral recueilli200 000 €
Primes versées après 70 ans100 000 €
Abattement de l’article 757 B− 30 500 €
Primes taxables ajoutées à la part69 500 €
Part taxable totale avant abattement personnel269 500 €
Abattement d’enfant (art. 779 du CGI)− 100 000 €
Part nette taxable169 500 €
Droits de succession dus32 094 €
Pour mémoire, sans le contrat d’assurance-vie18 194 €

Le contrat coûte donc 13 900 € de droits supplémentaires, soit exactement 20 % des 69 500 € de primes taxables, puisque la part de l’enfant se situe entièrement dans la tranche à 20 % du barème. Ce n’est pas une catastrophe, et c’est très loin des 55 % ou 60 % qui frapperaient un bénéficiaire sans lien de parenté.

Exemple B : neveu seul bénéficiaire de 100 000 € de primes versées après 70 ans
Étape du calculMontant
Primes versées après 70 ans100 000 €
Abattement de l’article 757 B− 30 500 €
Primes taxables69 500 €
Abattement de neveu (art. 779 V du CGI)− 7 967 €
Part nette taxable, taxée à 55 %61 533 €
Droits de succession dus33 843 €
Les mêmes primes versées avant 70 ans0 €

L’écart est frappant : versées avant le 70e anniversaire, ces 100 000 € auraient été entièrement couverts par l’abattement de 152 500 € de l’article 990 I. Versées après, ils coûtent 33 843 € au neveu. C’est la raison pour laquelle l’assurance-vie reste, pour les transmissions hors ligne directe, un outil dont la valeur dépend d’abord du calendrier. Le détail du barème applicable est exposé dans le guide sur les droits de succession d’un neveu ou d’une nièce.

Et si le contrat mélange des versements avant et après 70 ans ?

Les deux régimes cohabitent sur un même contrat, sans que l’un absorbe l’autre. L’assureur ventile les capitaux décès entre la fraction correspondant aux primes versées avant le 70e anniversaire et celle correspondant aux primes versées après. La première suit l’article 990 I avec ses 152 500 € par bénéficiaire ; la seconde suit l’article 757 B avec ses 30 500 € globaux. Demandez à l’assureur l’état des versements par date : c’est la pièce qui conditionne tout le calcul, et elle est délivrée sur simple demande des bénéficiaires ou du notaire.

Attention à un point souvent négligé : l’abattement de 30 500 € est unique pour l’ensemble des contrats du défunt. Si trois contrats ont été alimentés après 70 ans, il ne se démultiplie pas. Cette règle n’a pas été modifiée par la loi de finances pour 2026, pas plus que celle des 152 500 €. Les autres montants applicables en 2026 sont récapitulés dans le guide des abattements de succession.

Un contrat alimenté après 70 ans garde-t-il un intérêt ?

Oui, pour trois raisons. La première est l’exonération des produits : si 100 000 € de primes ont généré 30 000 € d’intérêts, seuls les 100 000 € sont pris en compte, et les 30 000 € sont transmis sans droits. Sur un contrat conservé quinze ou vingt ans, cette fraction devient significative. La deuxième est la liberté de désignation : la clause bénéficiaire permet d’avantager une personne qui ne serait pas héritière, dans la limite de la réserve héréditaire et sous réserve du caractère non manifestement excessif des primes. La troisième est l’abattement lui-même : 30 500 € restent 30 500 € de moins dans l’assiette taxable.

En revanche, le contrat n’est plus l’outil de transmission massive qu’il était avant 70 ans. Pour un patrimoine important, il se combine avec les autres leviers présentés dans le guide réduire les droits de succession, à commencer par les donations de son vivant.

Qui déclare quoi, et dans quel délai ?

Les capitaux d’assurance-vie ne figurent pas sur la déclaration de succession ordinaire. Les primes versées après 70 ans font l’objet d’une déclaration partielle, le formulaire 2705-A-SD (cerfa 12321), déposée par le bénéficiaire ou par le notaire dans le même délai de six mois que la déclaration principale. L’assureur, lui, ne verse les capitaux qu’après avoir reçu le certificat d’acquittement ou de non-exigibilité des droits. Le déroulé complet des formalités est décrit dans le guide de la déclaration de succession.

Pour situer le coût réel dans votre cas, le simulateur de droits de succession chiffre la part successorale, et le barème des droits de succession donne les tranches appliquées à l’excédent de primes. Un conseiller peut ensuite vérifier la ventilation des versements avant et après 70 ans, qui est la source d’erreur la plus fréquente sur ces dossiers.

Vos questions les plus fréquentes

Quel est l’abattement sur une assurance-vie après 70 ans ?
L’abattement est de 30 500 € (article 757 B du CGI). Il est global : il couvre l’ensemble des contrats du défunt et l’ensemble des bénéficiaires réunis, contrairement à l’abattement de 152 500 € des primes versées avant 70 ans, qui s’applique bénéficiaire par bénéficiaire. Au-delà de 30 500 €, l’excédent des primes est taxé aux droits de succession selon le lien de parenté.
Les intérêts d’un contrat alimenté après 70 ans sont-ils taxés ?
Non. L’article 757 B ne taxe que les primes versées, jamais les produits qu’elles ont générés. Si 100 000 € de primes versées après 70 ans ont produit 30 000 € d’intérêts, seuls les 100 000 € entrent dans le calcul, sous déduction de l’abattement de 30 500 €. Les 30 000 € d’intérêts sont transmis en franchise de droits de succession.
Comment sont taxées les primes versées après 70 ans pour un enfant ?
La fraction des primes qui dépasse 30 500 € s’ajoute à la part successorale de l’enfant. Elle bénéficie donc de l’abattement de 100 000 € de l’article 779 du CGI s’il n’est pas déjà consommé, puis du barème en ligne directe, dont la tranche à 20 % s’applique de 15 932 € à 552 324 € de part nette taxable.
Un contrat mélangeant des versements avant et après 70 ans, comment ça marche ?
Les deux régimes coexistent sur le même contrat. L’assureur ventile les capitaux : la part correspondant aux primes versées avant le 70e anniversaire relève de l’article 990 I (152 500 € par bénéficiaire, puis 20 %), la part correspondant aux primes versées après relève de l’article 757 B (30 500 € global, puis droits de succession). Demandez à l’assureur l’état des versements par date.
Le conjoint bénéficiaire paie-t-il quelque chose ?
Non. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession par l’article 796-0 bis du CGI, et cette exonération vaut aussi pour les capitaux d’assurance-vie, qu’ils relèvent de l’article 990 I ou de l’article 757 B. Un contrat dont le conjoint est seul bénéficiaire ne coûte rien, quelle que soit la date des versements.
Faut-il déclarer les primes versées après 70 ans ?
Oui. L’assureur délivre une attestation des primes versées après le 70e anniversaire, et ces sommes sont portées sur le formulaire 2705-A-SD (cerfa 12321), une déclaration partielle de succession. Elle s’ajoute à la déclaration principale déposée par les héritiers dans les six mois du décès.

Sources et textes officiels

Informations à jour au 9 septembre 2026, fournies à titre général. Elles ne remplacent pas l’analyse personnalisée d’un notaire, d’un avocat ou d’un conseiller en gestion de patrimoine.