L’assurance-vie ne fait pas partie de la succession civile : au décès de l’assuré, le capital est versé directement aux bénéficiaires désignés dans la clause, sans entrer dans le partage entre héritiers. Sa fiscalité dépend de l’âge auquel les primes ont été versées. Avant les 70 ans de l’assuré, chaque bénéficiaire dispose de 152 500 € d’abattement, puis supporte 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable et 31,25 % au-delà. Après 70 ans, l’abattement tombe à 30 500 €, global pour tous les contrats et tous les bénéficiaires, mais les gains restent exonérés. Le conjoint et le partenaire de PACS, eux, ne paient rien.

Pourquoi l’assurance-vie échappe-t-elle à la succession ?

Le contrat d’assurance-vie n’est pas un placement comme les autres : la somme versée au décès ne transite pas par l’actif successoral, elle est due par l’assureur au bénéficiaire en vertu du contrat lui-même. Concrètement, cela produit trois effets. Le capital n’est pas partagé entre les héritiers selon les règles de la dévolution. Il n’est pas pris en compte pour le calcul de la réserve héréditaire, sauf primes manifestement exagérées. Et il est versé au bénéficiaire même s’il n’a aucun lien de parenté avec le défunt. La contrepartie est une fiscalité spécifique, qui n’est pas celle des droits de succession, sauf dans les cas prévus par l’article 757 B.

Cette autonomie a une limite : si aucun bénéficiaire n’est désigné, ou si la clause ne permet pas d’en identifier un, le capital rejoint l’actif de la succession et se retrouve alors soumis aux droits de succession ordinaires. C’est la première raison de relire sa clause bénéficiaire.

Quelle fiscalité selon l’âge des versements ?

Tout se joue sur la date des versements, pas sur la date d’ouverture du contrat ni sur l’âge du bénéficiaire. Un même contrat peut donc relever des deux régimes, pour des fractions différentes du capital.

Fiscalité de l’assurance-vie au décès (CGI, 2026)
RégimeAbattementTaxation au-delàAssiette
Primes versées avant les 70 ans de l’assuré (art. 990 I) 152 500 € par bénéficiaire 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % Capital transmis, primes et gains
Primes versées après 70 ans (art. 757 B) 30 500 € au total Barème des droits de succession selon le lien Primes seules, les gains sont exonérés
Conjoint survivant ou partenaire de PACS bénéficiaire Exonération totale 0 € Sans objet (art. 796-0 bis)

L’abattement de 152 500 € est individuel : il se multiplie par le nombre de bénéficiaires désignés, ce qui explique l’intérêt de nommer précisément plusieurs personnes plutôt qu’une seule. L’abattement de 30 500 €, à l’inverse, est unique : il se partage entre tous les bénéficiaires et tous les contrats du même assuré, au prorata de leurs parts. Le fonctionnement détaillé du régime des versements tardifs, avec ses exemples, est développé dans assurance-vie après 70 ans. À noter également : pour les plans d’épargne retraite, les sommes dues au décès après 70 ans sont taxées pour leur montant total.

Deux exemples chiffrés

Premier cas, un oncle désigne son neveu bénéficiaire d’un contrat de 300 000 €, alimenté avant ses 70 ans. Le neveu déduit son abattement de 152 500 €, ce qui laisse 147 500 € taxables au taux de 20 %, soit 29 500 € de prélèvement. Si cette même somme lui avait été transmise par testament, en dehors d’une assurance-vie, il aurait bénéficié d’un abattement de 7 967 € seulement, puis subi le taux de 55 % applicable aux neveux et nièces sur 292 033 €, soit 160 618 € de droits. L’écart dépasse 131 000 €, et il ne tient à rien d’autre qu’au support choisi. Le calcul en succession ordinaire est détaillé dans droits de succession d’un neveu ou d’une nièce.

Second cas, un parent désigne son enfant bénéficiaire d’un contrat de 200 000 €, alimenté avant ses 70 ans. L’enfant déduit 152 500 €, il reste 47 500 € taxables à 20 %, soit 9 500 €. L’abattement de 100 000 € dont il dispose par ailleurs sur la succession n’est pas entamé : les deux enveloppes sont indépendantes. C’est le point le plus utile à retenir, et il est rappelé dans le tableau des abattements 2026.

Soigner la clause bénéficiaire

La clause bénéficiaire est le document qui décide de tout, et c’est souvent celui que l’on oublie de relire. Trois erreurs reviennent régulièrement. La clause périmée d’abord : elle désigne nommément un conjoint dont on a divorcé, ou une personne décédée avant l’assuré sans que la représentation ait été prévue. La clause imprécise ensuite : désigner « mes enfants » sans autre mention laisse une marge d’interprétation, alors que la formule « mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers » couvre les évolutions familiales. La clause unique enfin : concentrer tout le capital sur un seul bénéficiaire fait perdre autant d’abattements de 152 500 € qu’il y aurait pu y avoir de bénéficiaires désignés.

Dernier garde-fou, les primes manifestement exagérées. Lorsqu’un souscripteur verse sur un contrat des sommes hors de proportion avec ses revenus et son patrimoine, au regard de son âge et de l’utilité du contrat pour lui, les héritiers peuvent demander au juge de les réintégrer dans la succession, où elles redeviennent partageables et taxables. Aucun seuil chiffré n’existe : l’appréciation est faite au cas par cas, à partir des circonstances de chaque versement. La réserve héréditaire que ce mécanisme protège est expliquée dans quotité disponible et réserve héréditaire.

Quelles démarches au décès ?

Le bénéficiaire adresse à l’assureur l’acte de décès et les pièces justificatives de son identité, puis reçoit le capital sans passer par le notaire. Les primes versées après 70 ans font en revanche l’objet d’une déclaration partielle de succession, sur le formulaire 2705-A-SD, qui s’ajoute à la déclaration principale décrite dans déclaration de succession. Si vous ne savez pas si le défunt avait souscrit un contrat, un dispositif de recherche des contrats non réclamés permet d’interroger l’ensemble des assureurs. Les autres cas où aucun droit n’est dû sont réunis dans exonération de droits de succession, et le barème applicable au reste de la succession dans le barème des droits de succession. Pour arbitrer entre un contrat et une donation, un conseiller peut chiffrer les deux options.

Vos questions les plus fréquentes

L’assurance-vie entre-t-elle dans la succession ?
Non, pas dans la succession civile : le capital est versé directement aux bénéficiaires désignés dans la clause, sans passer par le partage entre héritiers. Il obéit à une fiscalité propre, celle de l’article 990 I du CGI pour les primes versées avant les 70 ans de l’assuré et celle de l’article 757 B pour les primes versées après. Ce n’est que si aucun bénéficiaire n’est désigné ou identifiable que le capital rejoint la succession et devient taxable aux droits de succession.
Quel est l’abattement sur une assurance-vie en cas de décès ?
Pour les primes versées avant les 70 ans de l’assuré, chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 €. Au-delà, le prélèvement est de 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 %. Pour les primes versées après 70 ans, l’abattement n’est plus que de 30 500 €, global pour tous les contrats et tous les bénéficiaires réunis.
Le conjoint bénéficiaire d’une assurance-vie paie-t-il quelque chose ?
Non. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS bénéficiaires sont exonérés du prélèvement de l’article 990 I comme des droits de succession de l’article 757 B, par renvoi à l’article 796-0 bis du CGI. Ils reçoivent le capital net de toute fiscalité successorale.
Combien paie un neveu bénéficiaire de 300 000 € d’assurance-vie ?
Si les primes ont été versées avant les 70 ans de l’assuré, il déduit 152 500 € d’abattement et supporte 20 % sur les 147 500 € restants, soit 29 500 €. La même somme reçue par succession ordinaire lui coûterait 160 618 €, puisqu’un neveu n’a que 7 967 € d’abattement et est taxé à 55 %.
Qu’est-ce qu’une prime manifestement exagérée ?
C’est une prime versée sur un contrat d’assurance-vie hors de proportion avec les revenus et le patrimoine du souscripteur, au regard de son âge et de son utilité pour lui. Les héritiers peuvent en demander la réintégration dans la succession devant le juge, qui apprécie au cas par cas. Aucun seuil chiffré n’existe : c’est une question de circonstances.
Que se passe-t-il si la clause bénéficiaire est mal rédigée ?
Si aucun bénéficiaire n’est désigné, ou si la clause ne permet pas d’en identifier un, le capital rejoint l’actif successoral et se retrouve soumis aux droits de succession selon le lien de parenté. Une clause périmée, désignant un conjoint divorcé ou une personne prédécédée sans représentation prévue, produit le même effet.

Sources et textes officiels

Informations à jour au 9 septembre 2026, fournies à titre général. Elles ne remplacent pas l’analyse personnalisée d’un notaire, d’un avocat ou d’un conseiller en gestion de patrimoine.