Quand une succession est démembrée, chacun est taxé sur ce qu’il reçoit réellement : l’usufruitier sur son droit d’usage et de revenus, le nu-propriétaire sur la propriété différée. La répartition ne se négocie pas, elle se lit dans le barème de l’article 669 du CGI, qui ne dépend que de l’âge de l’usufruitier au jour du décès. À 72 ans, l’usufruit vaut 30 % de la valeur du bien et la nue-propriété 70 %. Sur une maison de 400 000 €, les enfants sont donc taxés sur 280 000 €, et non sur 400 000 €.

Quel est le barème de l’usufruit en 2026 ?

Le barème de l’article 669 I du CGI est fiscal : il sert à répartir la valeur du bien entre les deux droits pour le calcul des droits de succession et des droits de donation. Il progresse par tranches de dix ans, et il n’a pas été modifié par la loi de finances pour 2026. Un usufruit consenti pour une durée fixe et non pour la vie suit une autre règle : 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de dix ans, sans fraction et sans considération de l’âge (article 669 II).

Barème fiscal de l’usufruit et de la nue-propriété (art. 669 I du CGI, 2026)
Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
Moins de 31 ans révolus80 %20 %
Moins de 41 ans révolus70 %30 %
Moins de 51 ans révolus60 %40 %
Moins de 61 ans révolus50 %50 %
Moins de 71 ans révolus40 %60 %
Moins de 81 ans révolus30 %70 %
Moins de 91 ans révolus20 %80 %
Plus de 91 ans révolus10 %90 %

Ce tableau est également repris, avec les tranches du barème des droits, sur la page barème des droits de succession.

Usufruit total ou un quart en pleine propriété : que choisir ?

Lorsque le défunt laisse un conjoint et des enfants tous issus du couple, le conjoint survivant choisit entre l’usufruit de la totalité des biens et la pleine propriété du quart (article 757 du Code civil). S’il ne s’est pas prononcé avant son propre décès, il est présumé avoir opté pour l’usufruit (article 758-3). En présence d’un enfant né d’une autre union, l’option disparaît : le conjoint reçoit le quart en pleine propriété.

Le choix a des conséquences très concrètes sur ce que les enfants paieront. Prenons une succession réduite à une maison de 400 000 €, un conjoint de 72 ans et deux enfants communs.

Maison de 400 000 €, conjoint de 72 ans, deux enfants : effet de l’option (2026)
Option du conjointPart du conjointPart taxable par enfantDroits par enfantDroits pour la fratrie
Usufruit de la totalité (30 % à 72 ans)120 000 €140 000 €6 194 €12 389 €
Un quart en pleine propriété100 000 €150 000 €8 194 €16 389 €

Le détail du calcul, pour l’option en usufruit : la nue-propriété vaut 70 % de 400 000 €, soit 280 000 €, partagés en deux, soit 140 000 € par enfant ; après l’abattement de 100 000 € de l’article 779, la part nette taxable est de 40 000 €, et le barème en ligne directe donne 6 194 €. Le conjoint, lui, ne paie rien sur ses 120 000 € d’usufruit puisqu’il est exonéré.

Deux enseignements. D’abord, l’écart fiscal entre les deux options reste modeste : ici 4 000 € pour la fratrie. Ensuite, l’usufruit protège beaucoup mieux le conjoint, qui garde l’usage de la maison et la totalité des revenus du patrimoine, là où le quart en pleine propriété le laisse en indivision avec ses enfants pour le reste. Les droits du conjoint sont détaillés dans le guide droits de succession du conjoint survivant, et l’option se prépare le plus souvent par une donation au dernier vivant, qui en élargit l’éventail.

Plus le conjoint est âgé, plus les enfants paient

C’est la conséquence mécanique du barème : la valeur de l’usufruit décroît avec l’âge, donc la nue-propriété taxée entre les mains des enfants augmente. Sur la même maison de 400 000 €, la facture de la fratrie n’est pas la même selon que le conjoint a 65 ans ou 85 ans.

Maison de 400 000 €, deux enfants, conjoint usufruitier de la totalité (2026)
Âge du conjointNue-propriétéBase taxablePart par enfantDroits par enfant
65 ans60 %240 000 €120 000 €2 194 €
72 ans70 %280 000 €140 000 €6 194 €
85 ans80 %320 000 €160 000 €10 194 €

Une précaution avant de tabler sur un démembrement ancien : l’article 751 du CGI répute appartenir en pleine propriété à la succession le bien dont le défunt avait l’usufruit et un héritier présomptif la nue-propriété, sauf donation régulière ou démembrement constaté par acte authentique plus de trois mois avant le décès. Un montage improvisé dans les derniers mois est donc sans effet.

Comptes bancaires, portefeuilles : le quasi-usufruit

L’usufruit d’un bien qui se consomme par l’usage, une somme d’argent au premier chef, prend un nom particulier : le quasi-usufruit. L’usufruitier peut dépenser les fonds, mais il doit en restituer l’équivalent à la fin de l’usufruit. Il naît donc une créance de restitution au profit des nus-propriétaires, exigible sur la succession de l’usufruitier. Cette créance se prouve : faites établir une convention de quasi-usufruit chez le notaire, datée et chiffrée, dès l’ouverture de la succession. Sa déductibilité éventuelle au second décès obéit à des conditions strictes, à vérifier au cas par cas.

Sur un compte-titres ou un portefeuille, l’usufruitier perçoit les dividendes et les coupons, le nu-propriétaire conserve le capital, et les arbitrages se font selon la convention retenue. Le traitement détaillé des placements bancaires figure dans le guide comptes bancaires, livrets et PEA en succession.

Que se passe-t-il au décès de l’usufruitier ?

L’usufruit s’éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire, sans nouvelle déclaration de succession pour ce bien et sans droits supplémentaires. C’est le grand intérêt du démembrement, et la raison pour laquelle la donation de la nue-propriété avec réserve d’usufruit figure parmi les leviers présentés sur la page réduire les droits de succession. Entre-temps, la répartition des charges compte : l’entretien courant incombe à l’usufruitier, les grosses réparations au nu-propriétaire, et la vente exige l’accord des deux, ce qui rapproche la situation des difficultés décrites dans le guide indivision successorale.

Pour chiffrer votre propre situation, le simulateur de droits de succession calcule la part de chaque héritier ; il suffit d’y saisir la valeur de la nue-propriété obtenue avec le barème ci-dessus. Un conseiller peut ensuite comparer les options du conjoint sur l’ensemble du patrimoine, et pas seulement sur le logement.

Vos questions les plus fréquentes

Comment calculer l’usufruit et la nue-propriété dans une succession ?
On applique le barème de l’article 669 du CGI, qui dépend uniquement de l’âge de l’usufruitier au jour du décès. À 72 ans, l’usufruit vaut 30 % de la valeur du bien et la nue-propriété 70 %. Sur une maison de 400 000 €, l’usufruit du conjoint représente donc 120 000 € et la nue-propriété transmise aux enfants 280 000 €.
L’usufruitier paie-t-il des droits de succession ?
Il est taxé sur la valeur de son usufruit, calculée selon le barème de l’article 669 du CGI. Mais lorsque l’usufruitier est le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, il est exonéré de droits de succession par l’article 796-0 bis du CGI : sa part, quelle qu’elle soit, ne coûte rien.
Les enfants paient-ils des droits quand le conjoint prend l’usufruit ?
Oui, mais seulement sur la valeur de la nue-propriété, donc sur une base réduite. Plus le conjoint survivant est âgé, plus la nue-propriété est chère et plus les enfants paient. Chaque enfant conserve son abattement de 100 000 € (article 779 du CGI) et le barème en ligne directe s’applique au-delà.
Faut-il payer des droits au décès de l’usufruitier ?
Non. À l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans nouvelle taxation : les droits ont déjà été acquittés sur la nue-propriété au premier décès. C’est ce qui fait du démembrement l’un des mécanismes les plus efficaces de la transmission française.
Que devient un compte bancaire soumis à usufruit ?
Un usufruit portant sur une somme d’argent est un quasi-usufruit : l’usufruitier peut dépenser les fonds, mais il doit en restituer l’équivalent à la fin de l’usufruit. Il naît donc une créance de restitution au profit des nus-propriétaires. Sa consignation dans une convention écrite et sa déductibilité éventuelle doivent être réglées avec le notaire dès l’ouverture de la succession.
Peut-on transformer l’usufruit du conjoint en rente ?
Oui. L’usufruit du conjoint survivant peut être converti en rente viagère ou en capital, d’un commun accord avec les nus-propriétaires, et à défaut d’accord par décision du juge dans les conditions prévues par le Code civil. La conversion met fin au démembrement et clarifie la gestion du bien, souvent au prix d’une négociation familiale.

Sources et textes officiels

Informations à jour au 9 septembre 2026, fournies à titre général. Elles ne remplacent pas l’analyse personnalisée d’un notaire, d’un avocat ou d’un conseiller en gestion de patrimoine.