Sans testament, ce n’est pas le désordre : la loi désigne elle-même les héritiers, dans un ordre strict fixé par l’article 734 du Code civil. Viennent d’abord les enfants et leurs descendants ; à défaut, les père et mère ainsi que les frères et sœurs et leurs descendants ; à défaut, les autres ascendants ; à défaut, les autres collatéraux. Le premier ordre dans lequel se trouve un héritier exclut tous les suivants. Le conjoint survivant, lui, dispose de droits propres qui se combinent avec ces ordres : usufruit de la totalité ou quart en pleine propriété en présence d’enfants communs, la moitié ou les trois quarts en présence des parents du défunt, la totalité s’il ne reste ni descendant ni père ni mère.

Quel est l’ordre des héritiers ?

La dévolution légale procède par élimination. On cherche le premier ordre où existe un héritier vivant et acceptant ; il recueille la succession, et les ordres suivants n’ont rien. À l’intérieur d’un même ordre, le parent le plus proche en degré prime, et ceux qui sont au même degré partagent à parts égales.

Les quatre ordres d’héritiers (art. 734 et suivants du Code civil)
OrdreHéritiersEffet
1Enfants et leurs descendantsExcluent tous les autres ordres, sous réserve des droits du conjoint
2Père et mère ; frères et sœurs et leurs descendantsViennent seulement s’il n’y a aucun descendant
3Ascendants autres que les père et mèreGrands-parents, arrière-grands-parents
4Collatéraux autres que les frères et sœurs et leurs descendantsOncles, tantes, cousins, dans la limite de degré fixée par l’art. 745

Deux correctifs jouent à l’intérieur de ce schéma. La représentation permet aux descendants d’un héritier prédécédé ou renonçant de prendre sa place et de se partager sa part : elle fait hériter les petits-enfants, et les neveux à la place d’un frère décédé. La fente, elle, intervient à partir du deuxième ordre lorsqu’il n’y a plus de frères et sœurs : la succession se divise entre la ligne paternelle et la ligne maternelle, chacune recueillant sa part selon les articles 746 et 747 du Code civil, de sorte qu’une branche ne rafle pas tout au détriment de l’autre.

Que reçoit le conjoint survivant ?

Le conjoint marié n’est pas dans les quatre ordres : il a sa propre section dans le Code civil, et ses droits varient selon la composition de la famille. À défaut de choix exprimé avant son décès, il est présumé avoir opté pour l’usufruit (art. 758-3).

Droits légaux du conjoint survivant, sans testament ni donation (art. 757 à 757-2 du Code civil)
Situation de famillePart du conjointLe reste
Enfants tous communsAu choix : usufruit de la totalité des biens existants, ou le quart en pleine propriétéAux enfants, à parts égales
Au moins un enfant d’une autre unionLe quart en pleine propriétéAux enfants, à parts égales
Pas de descendant, père et mère vivantsLa moitiéUn quart à chaque parent
Pas de descendant, un seul parent vivantLes trois quartsUn quart au parent survivant
Ni descendant, ni père ni mèreLa totalitéLes frères et sœurs n’héritent pas

Le conjoint bénéficie en outre de la jouissance gratuite du logement pendant un an (art. 763) et peut demander, dans l’année du décès, un droit viager d’habitation (art. 764). Le détail est dans notre guide des droits du conjoint survivant. Quand il n’y a pas de descendant du tout, la mécanique change encore : voyez succession sans enfant.

Combien paie chaque héritier ?

La dévolution légale décide de qui hérite, pas du taux. Celui-ci dépend du lien de parenté : le conjoint et le partenaire de PACS sont totalement exonérés (art. 796-0 bis du CGI), les enfants et les parents disposent de 100 000 € d’abattement chacun, et le barème se durcit vite en s’éloignant de la ligne directe.

Abattement et taux selon l’héritier désigné par la loi (art. 777, 779 et 788 du CGI, 2026)
HéritierAbattementTaux applicable
Conjoint marié, partenaire de PACSExonération totale0 %
Enfant, père ou mère100 000 €5 à 45 %
Petit-enfant venant en représentation100 000 € du parent représenté, partagé5 à 45 %
Frère ou sœur15 932 €35 % puis 45 %
Neveu ou nièce7 967 €55 %
Oncle, tante, cousin germain (jusqu’au 4e degré)1 594 €55 %
Parent au-delà du 4e degré1 594 €60 %

Un exemple concret. Un défunt laisse 300 000 €, une épouse et deux enfants communs ; l’épouse opte pour le quart en pleine propriété, soit 75 000 € qu’elle reçoit en exonération totale. Les deux enfants se partagent les 225 000 € restants, soit 112 500 € chacun ; après l’abattement de 100 000 €, il reste 12 500 € taxables et le barème de la ligne directe donne 866 € de droits par enfant. Si l’épouse n’avait pas été là, chaque enfant aurait recueilli 150 000 € et payé 8 194 €. Le simulateur refait ce calcul avec vos propres montants, et le barème complet détaille les tranches.

Les frères et sœurs peuvent en outre être totalement exonérés s’ils remplissent les trois conditions de l’article 796-0 ter du CGI : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps ; avoir plus de 50 ans ou être atteint d’une infirmité empêchant de travailler ; et avoir vécu constamment avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès. Les autres cas d’exonération sont réunis dans le guide exonération de droits de succession.

Et si personne n’hérite ?

Lorsqu’aucun héritier n’est connu, que tous ont renoncé, ou que personne n’a opté dans les six mois, la succession est déclarée vacante et le juge en confie la curatelle à l’État, par l’intermédiaire du service du Domaine, qui inventorie, paie les dettes et liquide l’actif. À défaut de tout héritier, la succession revient définitivement à l’État. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a simplifié cette procédure : publicité numérique, mandat du curateur pour signer la vente, échange d’informations fiscales avec les maires.

Que faire concrètement ?

Le notaire commence par vérifier l’absence de testament auprès du fichier central des dispositions de dernières volontés, puis dresse l’acte de notoriété qui établit qui hérite et dans quelles proportions. Les héritiers deviennent alors propriétaires ensemble : c’est l’indivision successorale, à laquelle seul le partage met fin. Si vous souhaitez au contraire choisir vous-même la répartition de vos biens, sachez ce que la loi vous laisse comme marge : c’est l’objet de la quotité disponible, que l’on exerce par testament.

Vos questions les plus fréquentes

Qui hérite s’il n’y a pas de testament ?
La loi désigne les héritiers dans un ordre strict (article 734 du Code civil) : d’abord les enfants et leurs descendants, ensuite les père et mère avec les frères et sœurs et leurs descendants, puis les autres ascendants, enfin les autres collatéraux. Le conjoint survivant a des droits propres qui se combinent avec ces ordres.
Que reçoit le conjoint survivant sans testament ?
En présence d’enfants tous communs, il choisit entre l’usufruit de la totalité des biens existants et le quart en pleine propriété (article 757 du Code civil). S’il existe au moins un enfant d’une autre union, il reçoit le quart en pleine propriété. Sans descendant, il reçoit la moitié si les deux parents du défunt sont vivants, les trois quarts s’il n’en reste qu’un, et la totalité s’il n’y a ni descendant ni père ni mère.
Les petits-enfants héritent-ils si leur parent est décédé ?
Oui, par représentation : ils viennent à la place de leur parent prédécédé ou renonçant et se partagent la part qui lui serait revenue. Fiscalement, ils se partagent aussi l’abattement de 100 000 € du parent représenté (article 779 I du CGI). Si le partage donne à chacun moins de 1 594 €, c’est 1 594 € qui s’applique à chacun.
Un concubin hérite-t-il sans testament ?
Non. Le concubin n’est pas héritier légal, et le partenaire de PACS non plus : sans testament, ils ne reçoivent rien de la succession, hors leurs biens propres et leur part des biens indivis. Par testament, le partenaire de PACS reçoit en exonération totale de droits, alors que le concubin est taxé comme un non-parent, 1 594 € d’abattement puis 60 %.
Que devient la succession si personne n’hérite ?
Lorsqu’aucun héritier n’est connu, que tous ont renoncé, ou que personne n’a opté dans les six mois, la succession est déclarée vacante : le juge en confie la curatelle à l’État, par l’intermédiaire du service du Domaine. À défaut de tout héritier, la succession revient définitivement à l’État.
Faut-il un notaire quand il n’y a pas de testament ?
Il reste indispensable dès qu’il y a un bien immobilier, puisque l’attestation de propriété doit être publiée. Sans immeuble et pour de petites successions, une attestation signée par l’ensemble des héritiers peut suffire auprès de la banque en dessous de 5 965 € au 1er janvier 2026.

Sources et textes officiels

Informations à jour au 9 septembre 2026, fournies à titre général. Elles ne remplacent pas l’analyse personnalisée d’un notaire, d’un avocat ou d’un conseiller en gestion de patrimoine.